La station de Lancy (1900-1902)

Dans nos archives, il y a un cahier portant la mention « Station du Petit-Lancy ». Le champ d’action de nos prédécesseurs ne s’arrêtait donc pas à la commune de Carouge. Voilà ce qu’en dit le pasteur Charles Durand :

Résumé historique de la formation de la station de Lancy Le pasteur de la Station de Carouge (M. Théodore Décombaz) visitait depuis plusieurs années les localités de Lancy et d’Onex. Dès 1894, il réunissait un certain nombre des enfants du Petit-Lancy et du plateau de Saint-Georges dans la demeure de M. et Mme de Beaumont, et un arbre s’illuminait à chaque fête de Noël. Il en vint bientôt à leur donner sur semaine une leçon de religion, pour laquelle M. et Mme Byrde ouvraient la salle à manger de leur villa de Bougy. En 1898 la plupart de ces enfants se groupèrent encore en une section de l’Espoir que dirigeait Mlle Byrde.Quant aux adultes, ils n’avaient pour tout centre religieux, au Petit-Lancy, que la station de la Croix-bleue, qui ne prospérait guère sans local approprié.La population de Lancy augmentait sans cesse. Le lieu de culte le plus proche, au Grand-Lancy, était encore passablement éloigné. Les services ne s’y célébraient que tous les 15 jours, souvent présidés par un des pasteurs de Carouge… Un comité se forma en 1900 pour arriver à réunir les sommes nécessaires à l’érection d’un lieu de culte au Petit-Lancy même. Le terrain fut obligeamment donné par Mme Annevelle, et bientôt la bâtisse sortit de terre, élégante et spacieuse, prête à être inaugurée en avril 1902.Le Comité de la construction s’occupa ensuite de l’emploi de cette chapelle et décida qu’elle serait louée le dimanche matin 1 fois par mois au pasteur de l’Eglise nationale, 1 fois à l’Evangélisation populaire et une fois plus les 5e dimanche du mois à l’Eglise libre, 1 fois encore à l’Union nationale évangélique.

En effet, des compétitions s’étaient élevées. Apprenant l’érection d’une chapelle qui selon les probabilités serait indépendante, quelques protestants nationaux du Petit-Lancy rappelèrent au Consistoire de l’Eglise nationale une pétition demandant un culte au Petit-Lancy, pétition restée sans réponse jusqu’alors. Le Consistoire décida d’avoir tous les mois un service dans la salle d’école, et l’Union nationale évangélique en fit autant.

D’autre part, le Presbytère de l’Eglise libre, bien que fut combattu en ce qui concernait Lancy, autorisa sa Commission d’évangélisation à donner un aide à M. Décombaz, en la personne de M. le pasteur Durand. Celui-ci, entré en fonction le 1er octobre 1901, ne s’occupa directement de Lancy qu’à partir de janvier 1902 et il célébrait le 1er culte public dans la chapelle le 4 mai de la même année.

Jusqu’en décembre 1902, Lancy resta avec celle de Carouge, M. Byrde étant membre de son conseil de paroisse. Mais la petite communauté indépendante ne s’en occupait pas moins activement de son organisation en vue d’une prochaine autonomie. En effet, le Presbytère, en novembre, décida d’élever Lancy au rang de station, et nomma en décembre membre de la Commission administrative MM. Byrde, Schneider, et Durand pasteur.

Le territoire de la nouvelle station comprenait les communes de Lancy et Onex, l’Arve formant la limite au levant entre Carouge et Lancy. Elle n’avait eu que onze membres, à savoir : M. C. Beauverd, à Onex ; Mme S. Bourrecoud, Petit-Lancy ; MM. L. Byrde, S. Byrde et Mlle S. Byrde, Petit-Lancy ; M. et Mme Ch. Durand, Carouge ; M. Mme et Mlle Meyer, Grand-Lancy ; Mme Meylan, Petit-Lancy ; mais, comme c’est le cas dans toutes nos églises indépendantes, son champ d’action s’étendait beaucoup plus loin.

 Tiré des procès-verbaux des séances de la
Commission administrative de la station de Lancy

Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte.
Exode XIX.6

Son école du dimanche, réorganisée en septembre 1902, comprenait 55 enfants répartis en 2 divisions, avec 6 moniteurs ou monitrices qui avaient régulièrement des séances de préparation de 15 en 15 jours.

Les leçons de religion, données sur semaine le mardi et le mercredi après-midi, comptaient 30 participants.

Le catéchuménat était offert à deux jeunes filles Mlle R. Bugnon et O. Zehfus.

Une école du jeudi après-midi, fondée en septembre, était fréquentée par 60 à 80 enfants, dont plusieurs catholiques libéraux ou romains.

Tous les 15 jours, le pasteur avait à faire un culte aux pensionnaires de l’Asile des épileptiques du Petit-Lancy.

Enfin devenu membre actif de la Croix-bleue, il participait à plusieurs de ses séances, notamment à celle organisée le dimanche soir dans la grande salle.

Depuis mai, le pasteur de la station avait présidé régulièrement au culte du dimanche matin. A partir de l’automne, il convoquait les chrétiens de Lancy à venir aussi s’édifier en commun le dimanche soir.

En définitive, la communauté indépendante de Lancy avait bien sa vie à elle et était capable de devenir une station à proprement parler. Les fêtes de Noël en avaient encore donné la preuve, un culte de Cène ayant réuni le matin 22 participants, tandis que l’après-midi la salle était absolument bondée à l’occasion de la fête de la jeunesse.

Disons encore que les cultes du matin réunissaient entre 40 et 55 adultes, avec un maximum de 90 le jour de Noël – les cultes du soir, beaucoup trop peu fréquentés, ont eu de 4 à 30 participants lorsqu’il n’y avait pas de projections lumineuses, 75 à 100, peut-être plus en comptant les enfants, lorsque nous avons usé de ce moyen d’attraction.

Tels sont les « jours de nos petits commencements » temps que l’Ecriture elle-même nous invite à ne pas mépriser, temps qui fut très certainement aussi pour plusieurs une époque de bénédiction spirituelle, de joie et d’entrain. Le pasteur n’avait en effet qu’à se louer de ses rapports avec tous, de l’amabilité partout rencontrée, de l’aide précieuse généreusement accordée. Si d’un côté dont il ne pouvait se dissimuler les difficultés très spéciales dont il était entouré par le fait qu’il ne pouvait présider qu’à environ un culte par mois le dimanche matin et que ses frères de l’Eglise nationale cherchaient très naturellement à serrer leurs rangs, d’autre part il était fortement encouragé par le besoin d’une vie chrétienne plus personnelle et plus interne rencontrée chez un certain nombre de personnes bien inspirées.

Les « jours de nos petits commencements » ? Ces commencements auront-ils une suite ? La petite station deviendra-t-elle un jour assez grande pour être une paroisse ? Dieu seul le sait. Ce que nous voulons lui demander – et nous ne voulons lui demander que cela – c’est qu’il fasse de nous, par les moyens et les voies qu’il jugera bon et qu’il nous indiquera – des serviteurs fidèles en amenant beaucoup à la connaissance de la vérité et du salut qui est en Jésus-Christ, notre divin Sauveur, notre modèle et notre maître. A lui seul, comme à Dieu notre Père et comme au Saint-Esprit notre consolateur et notre appui, soient la gloire, la puissance et l’honneur aux siècles des siècles, amen.

 Charles Durand pasteur