Le projet de construction (lundi, 6 janvier 1913)

Imaginez-vous dans une machine à remonter le temps qui vous permettrait de vous projeter… le lundi 6 janvier 1913 à 20h30.

Vous êtes chez Théodore Décombaz – premier pasteur officiel de la paroisse de Carouge – où se tient la première séance du conseil de paroisse de l’année (c’est étonnant, il y a déjà un siècle, les réunions du conseil de paroisse se tenaient le lundi soir). A côté de Monsieur Décombaz, Emile Deluz, président du conseil, puis Jean Hostettler, vice-président, Louis Byrde (père des demoiselles Byrde connues pour leur dévoué service à l’école du dimanche) et enfin M. Boehringer (père de Mme Jeanne Boehringer que plusieurs ont connue). Dans le conseil, Monsieur Décombaz est non seulement pasteur mais il est aussi le secrétaire et caissier. Voilà, le décor est planté.

A l’ordre du jour de cette séance : une problématique à résoudre sur la question de l’école du dimanche au Petit-Lancy. Quelques frictions avec le pasteur de l’Eglise nationale avec qui la collaboration pourrait être meilleure. Il faut savoir que la paroisse du Petit-Lancy a été fondée par l’Église Évangélique Libre de Genève (EELG) et qu’une collaboration avec l’Église nationale protestante y a été mise en place. L’école du dimanche au cœur du débat, cela me rappelle quelque chose cent ans plus tard ; pas à vous ?

Nous arrivons ensuite à la discussion où il est question de remettre cette paroisse du Petit-Lancy au Consistoire. Le conseil espère que cela ne se fera pas au détriment de l’EELG, minoritaire au sein du comité de la société de la chapelle du Petit-Lancy.

Après cela, nous lisons : « Le deuxième sujet à l’ordre du jour est le projet de construction » – il faut entendre ici la construction de la chapelle de Carouge.

Devant tous les avis opposés à ce projet, M. Décombaz se propose de demander, comme Gédéon, un signe à Dieu de sa volonté.

Afin d’avoir la certitude que construire une chapelle à Carouge était bien dans les plans du Seigneur, le pasteur Décombaz avait demandé à Dieu une toison, comme Gédéon, à savoir que pour la fin 1912, il puisse y avoir la somme de fr. 4’000 de dons pour ce projet ( un rapide calcul de proportion me fait dire que pour être réaliste, il faut multiplier ce chiffre par 25 pour le comparer approximativement à un montant d’aujourd’hui soit CHF 100’000.-. Il s’agissait donc d’une somme importante pour l’époque).

Le 6 janvier 1913, M. Décombaz est en train de parler au conseil de paroisse afin de savoir si on construira ou non une chapelle. Je cite : « Il expose que le 17 décembre, il lui manquait environ 3400.-; il a écrit encore quelques lettres qui ne lui ont donné que des réponses insuffisantes; il se demandait ce qui allait arriver; si Dieu lui accordait le signe désiré ou s’il devait renoncer à l’entreprise. » Et de continuer : « Dieu lui a accordé une deuxième réponse favorable qui l’a rempli de joie : le 27 décembre, Mme Masson venait lui dire qu’une personne anonyme s’était engagée à verser la somme qui manquait au 30 décembre. Mais le lendemain, 28, Dieu lui réservait un encouragement encore plus grand; il recevait par le 1er courrier, une lettre chargée de M. le capitaine Bertrand et de sa sœur, renfermant fr. 2000.-; le signe était réalisé, avec une amplitude remarquable, bien propre à ôter toute hésitation. »

Je vous cite encore la suite du PV : « M. Décombaz demande que le conseil se prononce sur la construction. M. Deluz voudrait qu’on obtint auparavant l’approbation de la Commission administrative (sorte de Conseil synodal de l’époque). M. Décombaz dit qu’il ne faut pas se placer à ce point de vue; le signe s’étant réalisé, il est devant un ordre de Dieu qu’il veut accomplir; si ces messieurs disaient non, il se trouverait dans une impasse. Plusieurs membres prennent la parole. M. Deluz est satisfait si la Commission administrative est avisée avant le vote de la Société immobilière. Il ajoute que deux des objections ont diminué et tombent puisque : 5850.- sont trouvés et l’emplacement est devenu meilleur; des routes vont y aboutir et une grande école (note : l’actuelle école des Pervenches) a été construite à l’autre angle. Le projet de construction est voté par le conseil unanime, à la grande joie du pasteur. Après une tasse de thé offerte par Mme Décombaz, la séance est terminée par la prière à 10h30. »

L’excitation est de mise et M. Décombaz désire qu’il y ait une Assemblée des délégués (Synode de l’époque) qui se réunisse de manière extraordinaire. En effet, la prochaine session agendée est pour mai 1913 et elle verra un renouvellement de ses membres alors que les membres actuels sont déjà au courant du projet.

Voici ce que dit la lettre adressée à la Commission administrative de l’Église (EELG) :

                                             Carouge, 6 février 1913

Honorés frères et sœurs,

L’article 5 de nos règlements dit : « L’assemblée des délégués se réunit au moins deux fois par an en session ordinaire ». Ces mots « au moins » font entendre qu’elle peut se réunir plus souvent notre conseil de paroisse vient vous demander de vouloir bien convoquer l’assemblée des délégués pour le commencement de mars, afin de lui soumettre à nouveau la question de la construction de nos salles, les plans et devis de M. l’architecte Arnaudeau. Si le vote de l’assemblée des délégués nous est favorable – ce que nous espérons – nous pourrons profiter du printemps et de l’été pour construire, c’est-à-dire de la bonne saison, ce qui serait un grand avantage. La 2e raison est qu’il vaut mieux que ce soit la même assemblée qui a discuté cet objet en novembre 1911 qui le reprenne, plutôt que l’assemblée nouvelle qui siègera en mai. Le premier argument est toutefois celui qui nous détermine le plus à vous adresser notre demande.

Espérant que vous voudrez bien entrer dans notre manière de voir, nous vous prions, honorés frères et sœurs, d’agréer (etc.)…

A l’assemblée de paroisse du 6 mars, il est transmis les détails de la construction ainsi que son devis, la proposition sera soumise à l’Assemblée des délégués.

Malheureusement, la commission administrative ne convoquera pas une assemblée extraordinaire en mars comme le demandait le conseil de paroisse et il faudra attendre le vendredi soir 16 mai 1913 où l’assemblée siégeant à la Rive-Droite accepte (par 15 voix contre 8) finalement (après une proposition d’ajournement d’un an repoussée par 15 voix contre 14) le projet présenté et soutenu par MM. Deluz et Décombaz. Et la Société Immobilière se voit adjoindre 2 délégués dans le cadre de ce projet. La construction peut donc commencer, elle se déroule pendant l’année 1913. Le culte de dédicace a lieu le dimanche 29 mars 1914 après le culte.

Deux lettres d’invitation sont également envoyées, l’une au maire de Carouge, Monsieur David Moriaud, l’autre au conseil de paroisse de l’Eglise nationale à Carouge afin de resserrer les liens de respect et d’affection fraternelle.