L’intervention de Guillaume II (avril 1907)

Lisons l’article paru dans le bulletin des Nouvelles de l’EELG de décembre 1964, écrit par M. Maurice Lador qui fut pasteur de la paroisse de Carouge entre 1934 et 1962 (soit 29 ans de ministère) et qui écrivit ces quelques lignes pour le 50e anniversaire de la chapelle :

Il y a eu 50 ans, cette année, que la chapelle de Carouge a été construite. Cela aussi est un anniversaire. Mais, celui-ci a encore ses témoins vivants. Plusieurs hommes du Réveil avaient cherché à annoncer (sous-entendu la Parole) à Carouge : Félix Neff, Ami Bost, Guers, plus tard Stockmayer, mais c’est en 1884 que commença un travail plus régulier, par le ministère de Théodore Descombaz (Note : Même s’il est fait mention de Monsieur Théodore Décombaz déjà en janvier 1883, c’est à partir de 1884 qu’on compte ses années de ministère. Il a été pasteur jusqu’en 1915, démissionnant pour des raisons de santé après 32 ans de ministère (le record de longévité à la paroisse de Carouge)).

La lutte fut longue et souvent difficile. Une petite communauté se forma et se réunît au N° 16 de la rue Jacques-Dalphin (maison Cochet). Et voici que ce poste d’évangélisation devint une Eglise, que le nombre des membres augmentant, Th. Décombaz partit en guerre (c’est le cas de le dire !) pour faire construire une chapelle. Les dons arrivèrent, une Vente eut lieu à la Salle Centrale, à cet objet et en 1914, la Chapelle était inaugurée. Savez-vous qu’un des donateurs n’était autre que Guillaume II ! Mais la jeune paroisse allait connaître un temps de rude épreuve. Après un ministère de 31 ans, Th. Décombaz se retirait. La guerre empêcha son successeur, français, de venir occuper son poste. Il s’en suivit de très grandes difficultés et la chapelle se vida; il fallut mettre la paroisse sous la tutelle de la Commission Administrative. Ce fut, après la guerre, sous le ministère de Frédéric Balmas (Note : pasteur de la paroisse de Carouge de 1923 à 1934. Lui a succédé, Monsieur Maurice Lador.) que la paroisse reprit vie. Depuis ce temps, que d’événements sont venus nous réjouir ou nous troubler. Que de prédications de l’Evangile de la grâce, que de témoignages ont retenti, que de catéchumènes, d’enfants ont été instruits de la Parole de Dieu ! Mais aussi, que d’amis trop chers sont venus écouter la Parole. Nous pensons à Mlle Perrin, ancienne directrice de l’Ecole du dimanche, menue, effacée, qui continuait à prier pour tous les jeunes qu’elle avait vu sur les bancs de la chapelle vingt ans auparavant; nous pensons à M. F.-M. Sauter qui accomplit, pendant trente ou quarante ans, un travail considérable pour le service de Dieu dans l’Eglise Libre et ailleurs. Mais il faudrait citer trop de noms qui se rattachent à la chapelle. Merci à Dieu de nous avoir donné ces frères et sœurs et de les avoir rassemblés dans notre modeste sanctuaire.
M.L.

Oui, vous avez bien lu, il est mention de Guillaume II dans le texte du 50e anniversaire de la chapelle.
Tout d’abord, une précision, il s’agit bien de Guillaume II, empereur de Prusse.
Mais alors que s’est-il passé pour que nous ayons un empereur comme donateur pour la chapelle ?
Cela mérite quelques explications, n’est-ce pas ?
L'empereur Guillaume II

Pour cela, lisons ce que le PV du conseil de paroisse du 29 avril 1907 nous dit :

« On s’entretient de la vente pour la chapelle qui vient d’avoir lieu dans la salle Centrale, les mercredi 24 et jeudi 25 avril 1907. Les comptes ne sont pas encore réglés et l’on ne sait pas exactement quel sera le bénéfice net ; on espère qu’il dépassera quelque peu les Frs 5000.-. Un incident s’est produit dans la vente, qu’il faut relater au procès-verbal. Mademoiselle Susanne Gay, des Acacias, avait écrit, de son propre chef, à l’empereur d’Allemagne, pour lui demander des produits de sa fabrique de poterie artistique de ( illisible), pour son comptoir (Note : Il faut savoir que lors de ces ventes, il y avait plusieurs comptoirs avec des marchandises spécifiques et qu’une dame était responsable par comptoir.). Le mardi matin, à la salle Centrale, le Consul allemand est venu nous dire qu’un messager de l’empereur se présenterait le mercredi, à 10 heures, pour remettre une caisse de magnifiques (poteries) de la part de l’empereur. La caisse fut, en effet, ouverte le mercredi à 10 heures, en présence de M. Conrad, lieutenant estafette de Guillaume II et en présence du Consul. M. Décombaz témoigne sa reconnaissance à l’empereur ; M. Pillionnel fit pousser un triple hourrah en son honneur, pour témoigner notre reconnaissance et M. Deluz parla de Guillaume 1er et de l’intérêt de la Maison de Prusse pour la cause du dimanche. Le jeudi à 10 heures, à la gare de Cornavin, MM. Décombaz et Pillionnel, accompagnés de trois demoiselles, offrirent des fleurs au lieutenant Conrad et prirent congé de lui. La veille, on lui avait remis une lettre de remerciements, à l’adresse de Guillaume II, ainsi conçue :

            Carouge, Genève, Suisse, le 24 avril 1907

A sa Majesté, Guillaume II, empereur d’Allemagne,

Très honorée Majesté,

Le Conseil de paroisse de l’Église évangélique libre de Carouge présente à votre Majesté ses plus respectueux hommages et ses vifs remerciements pour l’aimable et beau don qu’elle a bien voulu faire à notre vente en réponse à la lettre de Mademoiselle Susanne Gay.

Son concours pour l’érection de notre chapelle nous est très précieux. Que Dieu continue à bénir votre Majesté et lui accorde une prospérité croissante dans ses états. Que votre Majesté veuille recevoir avec l’expression réitérée de notre gratitude, l’assurance de notre considération distinguée et respectueuse.

Pour le Conseil de paroisse : Le président (signé) E. Deluz; le secrétaire Th. Décombaz

Un numéro du jeudi 25 avril 1907, du Journal de Genève, racontant les faits relatifs au cadeau de l’empereur, a été déposé dans nos archives. » ( pas encore retrouvé !)

Et dans sa séance du 11 mai 1907, nous lisons encore ceci :

 » M. Deluz lit l’article de la semaine religieuse, rédigée par M. Décombaz, dans lequel on indique la recette nette de la vente qui s’élève à 5300.-. On parle de la poterie qui reste; M. Décombaz propose que nous gardions les plaquettes de l’empereur et de l’impératrice qu’on pourrait encastrer, quelque part, dans notre construction; ce qui est adopté. Le grand vase sera offert à M. Fatio H. par M. Pillionnel et les deux bustes de l’empereur seront négociés si possible à M. Hugo de Claparède et au fils du Consul, pour les étudiants allemands. »