Carouge devient une paroisse à part entière de l’EELG (1er janvier 1901)

Historique de la paroisse de Carouge (extrait du journal le Messager, c’était le journal de l’Eglise libre de 1891 à 1951, 10ème année, No 3, mars 1901, pages 3-4, article de M. Théodore Décombaz :

Paroisse de Carouge – Quelques mots d’histoire (à l’occasion de la transformation de Station d’évangélisation au statut de Paroisse de Carouge le 1er janvier 1901 – 4e paroisse de l’EELG).

Carouge n’était au XVIIIe siècle qu’un bourg de quelques centaines d’habitants. En 1786, par lettres-patentes de Victor-Amédée III, elle fut érigée en ville destinée à être la capitale d’une septième province du Duché de Savoie. Elle se développa alors rapidement, car en 1792, elle comptait 4700 habitants. Mais l’occupation française, puis la cession de Carouge et du territoire avoisinant au Canton de Genève en 1816, par le traité de Turin, mirent fin au rôle glorieux qu’ambitionnait pour cette ville la maison de Savoie. Elle joua dès lors un rôle secondaire dans notre république, de même que Versoix dont Louis XV avait voulu faire aussi une rivale de Genève. Elle compte aujourd’hui, d’après le dernier recensement, 7430 habitants, dont 4968 catholiques et 2244 protestants.

Les pasteurs de l’Eglise nationale qui ont desservi la paroisse de Carouge au siècle dernier ont été : M. A. J. Perrey (1816-1833), M. Fr. Henry (1833-1854), M. M. Droin (1854-1868), M. H. Balavoine (1868-1889). Les deux pasteurs actuels sont M. L. Bard, nommé en 1889, et M. Ch. Veinié, en 1898.

Il s’est fait de très bonne heure, à Carouge, une œuvre religieuse indépendante. Les Eglises du Bourg-de-Four et du Pré-L’Evêque, issues du Réveil, songèrent à évangéliser le Canton et envoyèrent des messagers dans notre ville. Félix Neff qui fit son instruction religieuse avec le pasteur de Lancy et qui fut amené à la foi à l’âge de 21 ans, en 1818, présida cette année-là et en 1819 de nombreuses réunions à Carouge. Voici comment M. le pasteur Guers s’exprime à ce sujet, dans son livre « Le 1er Réveil », p. 232 : « Neff, sous l’habit militaire, parcourait diverses localités de notre canton pendant les jours de liberté que lui laissait son service, et annonçait avec un pieux entrain les miséricordes du Seigneur. A cette même époque, nous établîmes des assemblées d’appel à Carouge, près de Genève, et dans le voisinage immédiat de cette petite ville. Neff les présidait assez souvent. Elles continuèrent longtemps encore sous la forme que nous leur avions d’abord donnée; mais jamais, il faut en convenir, avec un succès marqué; l’œuvre de Dieu a toujours eu beaucoup de peine à prendre pied dans cette bourgade, peuplée surtout par des catholiques romains qui sont venus s’y établir de toutes les contrées voisines, et dont la plupart n’y ont pas apporté un bien bon esprit ». Félix Neff dirigea, de nouveau, les réunions en 1828, après son travail missionnaire dans les Hautes-Alpes, alors que l’état de sa santé l’avait obligé à rentrer à Genève. De juin 1828 à la fin de 1848 ce fut le ministre Ami Bost, fixé à Carouge, qui prit soin du petit troupeau. Il mit en musique à cette époque quelques-uns des cantiques de l’Apocalypse. Ensuite la Société Evangélique et l’Eglise évangélique s’occupèrent alternativement de l’Evangélisation de Carouge. MM. Guyennot, Puppier (aussi orthographié Pupier), Loup, travaillèrent dans cette ville ainsi qu’à Plainpalais. Des jeunes gens, convertis en 1861, à la suite des réunions de réveil de M. Radcliffe, dirigèrent pendant quelques années une école du dimanche, au Rondeau, chez Mme Brugmann, et des réunions d’Evangélisation, chez Mme Thomas, à la rue Saint-Léger. M. le pasteur O. Stockmeyer (aussi orthographie Stockmayer) prêcha à la place d’Armes en 1869-1870; ses enseignements furent très appréciés ; mais il se démit de ses fonctions en janvier 1871.

Le pasteur O. Stockmeyer fut remplacé par M. E. Deluz (oct. 1871-1876). Les réunions n’avaient eu lieu jusque-là que l’après-midi ou le soir. M. Deluz se décida à les transporter au dimanche matin, à l’heure habituelle du culte public. Ce changement était réclamé par un certain nombre de personnes qui n’étaient pas satisfaites du culte officiel, célébré, à ce moment par un des représentants en vue du christianisme libéral. M. Deluz fut ainsi appelé à distribuer la Sainte-Cène, à baptiser, à instruire des enfants et des catéchumènes. Il donna ainsi de la consistance au troupeau qu’il dirigeait. M. Marc Wyssa ne fut en fonctions que pendant une année, de septembre 1876 à septembre 1877. M. Albert Brocher dirigea ensuite le poste pendant deux ans (octobre 1877 – novembre 1879); il eut un certain nombre d’instructions religieuses à faire. Des conférences eurent lieu alors dans la salle de l’Ecole enfantine. MM. Charles Correvon, actuellement pasteur à Francfort et Lecoultre, plus tard professeur à Lausanne, exercèrent leur ministère à Carouge pendant une année (décembre 1879 octobre 1880). Ce fut le 6 juin 1880 que la célébration du culte fut transportée de la Place d’Armes dans la salle actuelle de la rue Jacques-Dalphin (no 16).   M. Ch. Challand fut pasteur de novembre 1880 à juin 1882. Un intervalle de dix-huit mois s’écoula durant lequel il n’y eut pas d’évangéliste résidant à Carouge; les cultes furent faits par des étudiants en théologie ou par les pasteurs de l’Eglise libre de Genève. L’école du dimanche fut continuée par des laïques pieux, entr’autres par notre frère A. Angelstein.

Le 15 juin 1883, M. Théodore Décombaz fut appelé à diriger le poste. Il développa ce qui existait et chercha aussi, par des réunions et des visites, à répandre l’Evangile dans plusieurs localités du vaste territoire qui forme la paroisse de Carouge : à Perly, à Onex, à Plan-les-Ouates, à Veyrier, à Lancy et à Troinex. Le poste qu’il dessert vient d’être érigé en paroisse de l’Eglise libre de Genève, comme le Messager l’a annoncé précédemment (officiellement le 1er janvier 1901).

Le 14 janvier (1901) le pasteur a été confirmé dans sa charge par les membres du troupeau qui ont nommé, en outre, comme anciens, MM. E. Deluz, L. Decorges, L. Hugli et L. Byrde, et comme diacres MM. Taverney et A. Pillionnel. Tous ces frères ont été installés dans leur charge par l’imposition des mains, le dimanche soir 3 février (1901). La séance était présidée par M. le pasteur Barnaud (alors pasteur de la paroisse des Buis), dont la parole tout pénétrée de la sève de l’Evangile a été bienfaisante. M. le pasteur Dubois (alors pasteur de la paroisse de l’Oratoire) a prononcé la prière de consécration. Puissent les paroles d’exhortation et d’encouragement adressées, en cette occasion, au troupeau et à ses conducteurs spirituels, se réaliser ! Puisse cette nouvelle paroisse de l’Eglise qui est, en quelque sorte, le résultat de tous les efforts déployés dans notre ville depuis 80 ans, marcher à la gloire de Dieu ! et puisse le zèle missionnaire, qui brûlait dans le cœur des Félix Neff et des Ami Bost, nous embraser et faire de nous des évangélistes fidèles au sein de la population qui nous environne !